Histoire des Chemins de Saint Jacques

Histoire très abrégée des Chemins de Saint Jacques

En apprenant la découverte du tombeau de saint Jacques, Alphonse II, roi des Asturies et de la Galice, quitta Oviedo, sa capitale ; pour se rendre sur place.
Une fois arrivé, il ordonna de bâtir une église pour abriter les reliques de l’apôtre. Ce voyage lui vaut d’être considéré comme le premier pèlerin de Compostelle. Le Camino primitivo qui relie aujourd’hui Oviedo à Santiago suit approximativement l’itinéraire qu’il aurait emprunté.

D’abord fréquenté par les seuls habitants des royaumes espagnols chrétiens du nord, le sanctuaire de Saint Jacques attira progressivement des pèlerins venus de contrées de plus en plus lointaines. Le plus connu est Godescalc, évêque du Puy en Velay, qui fit le voyage en Galice en 950 ou 951.

Une quarantaine d’années après le passage de l’évêque auvergnat, Almanzor un général musulman prit la ville de Compostelle. Il la pilla et la rasa en laissant cependant intact le tombeau de l’apôtre. Elle fut très rapidement reconstruite et le pèlerinage de Saint-Jacques devint de plus en plus populaire dans toute la chrétienté. Son expansion s’appuya en particulier sur le réseau des monastères fondés par les ordres de Cluny et Citeaux ainsi que sur l’action des souverains chrétiens, engagés contre les musulmans, dans ce que les Espagnols appellent la Reconquista.

Dernier né des grands pèlerinages chrétiens après Jérusalem et Rome, le voyage à Saint-Jacques vit sa popularité augmenter après la chute des royaumes chrétiens de Palestine qui rendait très difficile le voyage à Jérusalem. Reste que les périodes de crise (guerre de cent ans entre France et Angleterre, guerres intra espagnoles, grandes épidémies) ont entrainé des baisses régulières et significatives du nombre des visiteurs de Santiago. Fleuve humain, le pèlerinage de Saint-Jacques a connu, pendant tout le Moyen-Âge ses étiages et ses crues. Ces alternances se poursuivirent à la Renaissance et à l’époque classique, avec la crise de la Réforme, et les guerres et les crises économiques des XVIIe et XVIIIe, époques où il fallait aussi compter avec des édits royaux encadrant très strictement le départ en pèlerinage. Le XIXe siècle et le début du XXe  virent une désaffection presque totale (certaines années la cathédrale de Santiago n’enregistra qu’une trentaine de pèlerins). La renaissance de sa fréquentation a lieu dans les années trente du XXe siècle et connaît une accélération à partir de ses dernières décennies.

Deux mots maintenant sur l’historicité de ce qu’il est convenu d’appeler les Chemins de Saint-Jacques. En mille ans d’histoire, il n’est pas invraisemblable de parler de millions de pèlerins. Ceux qui se sont succédés à travers les siècles s’ils visaient un même but, n’empruntaient pas les mêmes itinéraires comme le prouvent les témoignages laissés par certains d’entre eux : Poitevins comme Aymeri Picaud, Italiens comme Domenico Laffi, Flamands comme Antoine de Lalaing ou Anglais commee William Wey, tous étaient avant tout désireux de visiter des sanctuaires abritant des reliques réputées saintes. C’est ainsi que, partis de Paris, la pèlerine, ou le pèlerin, pouvaient aller vénérer celles de saint Germain à Auxerre, de sainte Madeleine à Vézelay, de saint Julien à Brioude, de la Vierge au Puy en Velay et de saint Saturnin à Toulouse, pendant que son cousin, ou sa cousine, après être passé par Chartres et Tours, s’en allait visiter saint Martial à Limoges et saint Sever au bord de l’Adour. Mais pour tous Compostelle était le but du voyage. Une fois là il n’était plus question que de s’en retourner et pas forcément en passant par les lieux visités à l’aller.

C’est dire que, jadis, les chemins de Saint-Jacques n’ont jamais été des itinéraires  bien précis avec des étapes où il était obligatoire de passer. C’est l’éditeur de la traduction française de la cinquième partie du Liber Sancti Jacobi qui, pour des raisons commerciales, a donné à cet ouvrage le titre de « Guide du pèlerin de Saint-Jacques. L’auteur présumé de ce texte, Aymeri Picaud, un moine du XIIe siècle n’a pas cherché à écrire un livre du genre des topos-guides de la Fédération Française de randonnée pédestre ou des ouvrages édités par la maison Michelin. Son œuvre est avant tout une compilation de certains des sanctuaires les plus fréquentés de France et d’Espagne et des vies des saints qui leur sont associés. Il suffit de le lire pour constater que son auteur, ne propose aucun itinéraire précis. Par exemple, après Conques, aujourd’hui sur la voie dite du Puy, il invite les Bourguignons et les Allemands à passer par Saint Léonard de Noblat, aujourd’hui sur la voie dite de Vézelay. Les tracés actuels, même s’ils passent par des lieux que traversèrent jadis des pèlerins de Saint-Jacques sont des créations contemporaines. Ce n’est pas très grave. S’ils ne peuvent prétendre à une authenticité qui exclurait d’autres itinéraires, leurs balisages, leurs traces GPS, leurs réseaux de gîtes et les renseignements fournis par les guides et les sites internet qui leur sont dédiés sont fort utiles aux pèlerins actuels. Ils sont là pour les aider pas pour les enfermer. À chacune et à chacun de les suivre ou de s’en écarter selon ce que lui dictent sa conscience ou sa fantaisie.

 L’important est d’arriver à Saint-Jacques puis

« De s’en en revenir plein d’usage et raison,

Vivre entre ses parents (ses amours, ses amis, ses enfants.)

Le reste de son âge »

À vous tous qui, tôt ou tard, dans un mois, dans un an ou dans dix, partirez vers la Galice, quels que soient les lieux par lesquels vous passerez, nous vous souhaitons

 

BON CHEMIN